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Pourquoi nos déplacements sont-ils affaire de morale ?
Chacun sa place Une géographie morale des mobilités
Provenant du podcast France Culture : Questions du soir : l’idée
mardi 7 octobre 2025
Avant de finalement dénoncer la composition du gouvernement de Sébastien Lecornu, Bruno Retailleau conditionnait sa présence, et celles des républicains, à la lutte contre l’immigration comme ligne politique forte du gouvernement Lecornu.
Avec
- Camille Schmoll, géographe, enseignante à l’Université de Paris et membre du laboratoire Géographie-cités et IC Migrations
Dans son livre, “Chacun sa place. Une géographie morale des mobilités” aux CNRS Éditions, Camille Schmoll souligne le fait que le traitement politique et médiatique de l’immigration fait l’objet de fantasmes qui ne répondent pas à la réalité du terrain. Le rejet de l’immigration repose souvent sur une rhétorique localiste : les mobilités “dénatureraient” l’essence des lieux, qui appartiendraient à ceux qui y vivent.
Mais en pratique, l’hostilité à l’immigration est plus importante dans les zones qui y sont les moins exposées.
Camille Schmoll prend principalement l’exemple de la migration et du tourisme : elle compare ces deux types de mobilités pour évoquer la distinction entre mobilités “légitimes” et “illégitimes”, entre mobilités “désirables” et “indésirables”. Cette opposition entre mobilités “légitimes” et “illégitimes” n’est pas nouvelle. Si la mobilité touristique est moins rejetée que la mobilité migratoire, elle l’est de plus en plus avec la dénonciation du phénomène de “surtourisme”.
De façon plus génerale, Camille Schmoll démontre que l’attitude que l’on adopte face aux mobilités (adhésion ou rejet) est davantage le fait de présupposés moraux que des effets véritables des mobilités sur le territoire.
Camille Schmoll
Chacun sa place Une géographie morale des mobilités
Dans cet ouvrage, Camille Schmoll interroge les inégalités liées aux mobilités contemporaines. Loin de considérer la mobilité comme un phénomène neutre, elle l’explore comme un révélateur des tensions sociales, politiques et éthiques. En observant la mobilité jugée « désirable » et celle jugée « indésirable » , l’autrice met en lumière un ordre moral des mobilités, structuré par des normes implicites, des jugements de valeur et des rapports de pouvoir.
Les « conflits de mobilité » deviennent alors une clef de lecture d’un monde toujours plus vulnérable et intensément connecté.
À partir d’exemples concrets – l’arrivée de demandeurs d’asile à Saint-Brévin, l’occupation de plages grecques par des touristes privilégiés, la construction de l’autoroute A69, la figure de la joggeuse assassinée, la dépendance automobile dans la France périurbaine –, Camille Schmoll montre que chaque forme de mobilité est imbriquée dans un conflit de légitimité, révélant des hiérarchies sociales et spatiales.
L’ouvrage nuance l’idée d’une « société hypermobile », en soulignant les nombreuses immobilités imposées, en particulier pour les plus vulnérables, et montre aussi que la mobilité suscite des anxiétés bien au-delà de ses impacts réels. Il relie les expériences vécues de déplacement aux enjeux globaux : genre, écologie, numérique, politique urbaine, etc.
Enfin, Camille Schmoll y interroge la notion de « place » – à la fois position sociale, droit et capacité à se déplacer. Loin d’être une simple question de géographie, la mobilité devient ici un enjeu moral et politique, au cœur des transformations du monde contemporain.
Voir en ligne : Podcast de France Culture
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