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Un Podcast de France Culture - Cultures Monde

Où va Israël ?

mardi 30 septembre 2025

Deux ans après, Israël s’apprête à commémorer les massacres du 7 octobre. D’un côté, la douleur des proches des 1200 victimes du Hamas et des familles des 47 otages toujours détenus. De l’autre, un gouvernement déterminé à en finir avec l’idée même de Palestine.

Épisode 1/4 :La démocratie sous l’emprise des ultra-nationalistes

Depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition la plus à droite de l’histoire, mais plus encore depuis les massacres du 7 octobre, la politique israélienne se radicalise, questionnant la nature et les fondements mêmes de l’État hébreu.

Avec

  • Nitzan Perelman-Becker, docteure en sociologie politique à l’Université Paris Cité, ingénieure d’études au CNRS et co-fondatrice du site Yaani
  • Alain Dieckhoff, sociologue français
  • Marius Schattner, journaliste franco-israélien et auteur

Depuis l’avènement de l’actuelle coalition, la plus à droite de l’histoire d’Israël, et plus encore depuis le massacre du 7 octobre, les positions plus radicales s’imposent comme la nouvelle normalité. Qu’il s’agisse de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant animalisant les Gazaouis ou de Benyamin Netanyahou évoquant sa mission pour les générations futures, ces déclarations questionnent à la fois les moyens prêts à être déployés par Israël pour continuer à exister, mais aussi ses fins, c’est-à-dire la nature même de son identité en tant qu’État.

Une réflexion qui émerge aujourd’hui dans les discours dominants, mais qui est irriguée de manière plus souterraine depuis de longues décennies par des groupes suprémacistes et le mouvement sioniste religieux. Élevés dans les colonies de Cisjordanie et baignés depuis leur plus jeune âge dans ces mouvances, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, les deux ministres les plus radicaux de l’actuelle coalition montée par Benyamin Netanyahou, sont les figures de proue de ce basculement idéologique et incarnent cette nouvelle radicalité décomplexée qui revendique l’extension territoriale d’Israël et l’expulsion de tous les non-Juifs. Ces positions, qui semblaient marginales, voire intolérables il y a encore 15 ans, entraînent derrière elles toute la classe politique israélienne dans la surenchère, en témoignent les déclarations d’inspiration biblique de Benyamin Netanyahou en faveur d’un "Grand Israël" le 13 août 2025.

Comment le 7 octobre a-t-il accéléré la droitisation de la classe politique israélienne, déjà bien lancée avec l’alliance entre le Likoud et l’extrême-droite en 2022 ? De quelle marge de manœuvre la gauche israélienne dispose-t-elle pour critiquer le gouvernement et quel écho remporte-t-elle au sein de la société ? Et plus largement, ce basculement toujours plus à droite peut-il consacrer l’avènement d’un nouveau projet politique plus messianique et plus théocratique pour l’État d’Israël ?

Julie Gacon s’entretient avec Nitzan Perelman-Becker et Alain Dieckhoff pour répondre à ces questions.

Focus - Les ultraorthodoxes face à la guerre

Avec Marius Schattner, journaliste et auteur d’Israël, l’autre conflit : laïcs contre religieux (2008), il a par ailleurs co-écrit Sous tes pierres, Jérusalem (éd. Plon, février 2025) aux côtés de Frédérique Schillo.

Autre ligne de fracture qui divise la classe politique israélienne, l’intégration des ultraorthodoxes à l’armée. Ces juifs rigoristes, qui représentent 15% de la population du pays, jouissent d’un statut d’exception depuis la création de l’Etat israélien aujourd’hui remis en question. Comment cette question résonne aujourd’hui en Israël et comment le parti Shass, qui représente les ultraorthodoxes séfarades, réagit-il face à ce débat ?

Pour aller plus loin

  • Alain Dieckhoff est le directeur de l’ouvrage collectif Radicalités religieuses (Albin Michel, octobre 2025)
  • Nitzan Perelman est l’autrice du documentaire Israël, les ministres du chaos (Arte, 2024)
  • Marius Schattner est l’auteur d’Israël, l’autre conflit : laïcs contre religieux (André Versailles éditeur, 2008) et co-auteur, avec Frédérique Schillo, de Sous tes pierres, Jérusalem (éd. Plon, février 2025)

Épisode 2/4 : Une société entre traumatisme et déni

Deux ans après le 7-Octobre, la société israélienne reste traumatisée par les massacres et les prises d’otages. La situation à Gaza et le sort des Palestiniens sont en revanche très peu présents dans le débat public.
Avec

  • Emmanuelle Elbaz-Phelps, journaliste indépendante, correspondante du Point en Israël et éditorialiste à la télévision israélienne
  • Karine Lamarche, sociologue du politique, chargée de recherche au CNRS rattachée au Centre nantais de sociologie
  • Yuval Rozman, auteur-metteur en scène israélien

Il y a deux ans, les massacres du 7 octobre 2023 avaient provoqué un puissant élan d’union nationale en Israël. Face à l’horreur, la société s’était rassemblée autour d’un objectif commun : défendre le pays et retrouver les otages. Deux ans plus tard, cette unité semble s’être effondrée.

La fracture est désormais visible entre les familles des otages, qui réclament la fin de la guerre, et ceux qui défendent une stratégie militaire jusqu’au-boutiste. Dans ce débat, la question du sort des vies palestiniennes reste largement absente. Si des milliers de personnes exigent l’arrêt des combats, c’est avant tout pour sauver les otages israéliens. La vie palestinienne demeure évacuée du discours public. En juin 2025, 76,5 % des Israéliens estimaient qu’il ne fallait pas tenir compte de la souffrance palestinienne dans les opérations militaires, selon l’Institut israélien de la démocratie.

La société israélienne est profondément meurtrie et fait face à « la plus grande crise de santé mentale que l’État ait connue depuis sa création », selon le ministre de la Santé. Dépression, anxiété, troubles du sommeil : les symptômes sont massifs. La sidération perdure, alimentée par les événements qui ont suivi le 7 octobre.

Que reste-t-il de l’unité nationale ? Les otages, pourtant au cœur du traumatisme initial, n’ont jamais semblé être une priorité pour le gouvernement. La rupture entre leurs familles et les soutiens du pouvoir semble irréversible.

L’annonce de Benyamin Netanyahou de vouloir contrôler Gaza a provoqué une onde de choc. Le 9 août 2025, plus de 100.000 personnes se sont rassemblées à Tel-Aviv, suivies d’une grève générale le 17 août 2025. Existe-t-il une forme d’aveuglement collectif, ou la société israélienne est-elle en train de se réveiller, de se diviser, de débattre ?

Focus - Le regard d’un metteur en scène sur le conflit

Avec Yuval Rozman, auteur-metteur en scène israélien.

Yuval Rozman crée actuellement "Au nom du ciel", dernier volet de sa "Quadrilogie de ma Terre". Son travail, centré sur la question israélo-palestinienne, s’inscrit dans un contexte bouleversé par les évènements du 7-Octobre. Il interroge les possibilités de représenter un réel complexe et les limites de la critique en temps de guerre. Comment penser l’avenir du Proche-Orient à travers la création artistique ?

Pour aller plus loin

  • Emmanuelle Elbaz-Phelps a réalisé avec Martine Laroche-Joubert le film "Tragédie du 7 octobre : enquête sur l’échec des services secrets israéliens". Il sera diffusé sur M6 ce dimanche 5 octobre à 23h15 dans le programme "Enquête exclusive".
  • Yuval Rozman présente "Au nom du ciel", ultime volet de sa Quadrilogie de ma Terre. La pièce sera créée dans le cadre du festival Next, avec des représentations à la Scène nationale de Valenciennes, au Théâtre du Nord, à la Maison de la Culture d’Amiens et à la Comédie de Béthune. La tournée se poursuivra ensuite au Théâtre du Rond-Point à Paris (du 3 au 20 décembre), au CENTQUATRE-Paris (du 13 au 17 janvier), au TnBA – CDN Bordeaux (du 20 au 23 janvier), au DeSingel, Centre d’art à Anvers (les 27 et 28 février), au Grrranit, scène nationale de Belfort (les 5 et 6 mars), au Théâtre de Liège (du 18 au 20 mars) et au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon (du 28 au 30 avril).

Épisode 3/4 : Malaise dans l’armée face à une guerre sans fin


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