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Regarder Gaza en face
lundi 9 juin 2025
Bien que la bande de Gaza soit interdite d’accès à la presse internationale, les images de l’ampleur des destructions et les récits de survie continuent de nous parvenir, obligeant le monde à regarder cette réalité en face.
Épisode 1/4 : Récit d’une société en survie
Dans la “zone humanitaire” au sud de la bande de Gaza, où près de 2 millions de personnes s’entassent, seuls humanitaires et agences de l’ONU peuvent intervenir. L’historien Jean-Pierre Filiu y a passé un mois pour témoigner de la survie d’une société face à une guerre “inhumanitaire”.
Avec
- Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris
- Julie Trottier, directrice de Recherche CNRS au laboratoire de PRODIG (Pôle de recherche pour l’organisation et la diffusion de l’information géographique)
Les bâtiments, les sols, les champs, les tentes et bien sûr les corps. Depuis un an et huit mois à Gaza, tout ce qui abrite la vie est voué à une entreprise de destruction méthodique menée par Israël à coups de bombes, de missiles, mais aussi de blocus, de checkpoints, de découpages administratifs en zones toujours plus incongrues, toujours plus réduites, toujours plus morcelées et toujours plus interdites. Une savante ingénierie du déplacement forcé qui ballote les civils de zone dite “humanitaire” en camps de fortune, de distribution d’aide alimentaire en puits creusés dans l’urgence, une course à la survie et une condamnation à l’errance sans autre perspective que celle de prolonger la fuite. Cette guerre totale faite aux centrales électriques, aux écoles, aux commerces, aux voitures, aux gens, aux moindres recoins où la vie court se nicher, organise un marasme humanitaire qui s’aggrave encore un peu plus à chaque fois qu’il semble avoir atteint son apogée.
Historien du Moyen-Orient et spécialiste de Gaza, Jean-Pierre Filiu a pu se mêler de décembre 2024 à janvier 2025 à une équipe de Médecins sans frontières pour mesurer l’ampleur de la déliquescence des corps, des champs, des puits, pour raconter les maux d’une vie collective toujours plus privatisée et féodalisée, pour dire la fragmentation d’une société en groupes toujours plus exposés à la violence et, pour certains, plus violents eux-mêmes. En un mois sur place et 203 pages, Jean-Pierre Filiu a reconstitué l’engrenage infernal de la déchéance de Gaza et témoigne aussi de la vie qui parfois demeure plus forte.
Jean-Pierre Filiu est l’auteur d’Un historien à Gaza, paru aux éditions Les Arènes en mai 2025.
Focus - L’eau, au coeur du désastre
Avec Julie Trottier, directrice de Recherche CNRS au laboratoire PRODIG (Pôle de recherche pour l’organisation et la diffusion de l’information géographique)
Privées d’électricité pour faire tourner les turbines, sans carburant pour faire tourner les générateurs, les usines de dessalement et les stations d’épuration qui maintenaient tant bien que mal l’approvisionnement en eau potable et propre de la bande de Gaza sont aujourd’hui à l’arrêt. Sans elles, les Gazaouis sont contraints à un macabre dilemme : boire de l’eau viciée ou mourir de soif.
Un historien à Gaza, paru aux éditions Les Arènes en mai 2025
Un témoignage de première main.
« Vous avez voulu l’enfer, vous aurez l’enfer. »
C’est en ces termes que l’armée israélienne a déclenché sa guerre contre la bande de Gaza après les attentats du 7 octobre 2023. Une guerre qui, malgré sa violence, sa durée et ses répercussions planétaires, se déroule à huis clos. Aucun journaliste ou reporter étranger n’a accès à l’enclave palestinienne. Tout ce que nous savons de Gaza est raconté de l’extérieur.
Pourtant, en décembre 2024, Jean-Pierre Filiu a réussi à se rendre dans la bande de Gaza pour y vivre pendant un peu plus d’un mois. Il connaît intimement ce territoire, sa géographie et son peuple, dont il parle la langue. Sur place, l’historien s’est fait enquêteur. Il nous permet de renouer avec les humbles et les sans-grade de ce territoire abandonné du monde. Leur combat quotidien pour la survie et pour la dignité nous offre une formidable leçon d’humanité, car ce qui se déroule dans cette prison à ciel ouvert a et aura une valeur universelle.
« Le territoire que j’ai connu et arpenté n’existe plus. Ce qu’il en reste défie les mots. »
Jean-Pierre Filiu verse l’intégralité de ses droits sur ce livre à Médecins sans frontières (MSF) pour son action à Gaza.
Sur le site des Editions Les Arènes :
https://arenes.fr/livre/un-historien-a-gaza/
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Les enjeux contemporains selon les pays et les régions du monde.
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