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Algérie en résistance, une histoire coloniale
RECONNAISSANCE DE L’ASSASSINAT DE LARBI BEN M’HIDI
vendredi 1er novembre 2024
Guerre d’Algérie : Emmanuel Macron reconnait que le dirigeant du FLN Larbi Ben M’hidi a été "assassiné par des militaires français"
Un nouveau geste de réconciliation. Le président français Emmanuel Macron a reconnu vendredi 1er novembre que le dirigeant du Front de libération nationale (FLN) Larbi Ben M’hidi a été "assassiné [en 1957] par des militaires français placés sous le commandement du général Aussaresses". Cette déclaration survient à l’occasion du 70e anniversaire de l’insurrection du 1er novembre 1954, qui a ouvert la guerre d’Algérie.
Né en 1923 près d’Aïn M’lila, Larbi Ben M’hidi était le responsable de la "zone autonome d’Alger depuis 1956", pendant "la bataille d’Alger", rappelle le communiqué. Au début des années 2000, le général Paul Aussaresses avait avoué l’assassinat, démentant la version officielle qui avait maquillé son décès en tentative de suicide. "Comme le président de la République l’a déjà reconnu pour Maurice Audin et Ali Boumendjel, cette répression s’accompagna de la mise en place d’un système hors la société des droits de l’homme et du citoyen, rendu possible par le vote des ’pouvoirs spéciaux’ au Parlement", ajoute l’Elysée.
"Aboutir à la constitution d’une mémoire apaisée"
"La reconnaissance de cet assassinat atteste que le travail de vérité historique, que le président de la République a initié avec le président Abdelmadjid Tebboune se poursuivra", peut-on encore lire dans leur communiqué. Le but d’Emmanuel Macron est "d’aboutir à la constitution d’une mémoire apaisée et partagée". Les tensions sont actuellement vives entre la France et l’Algérie, notamment après une importante visite d’Etat au Maroc où le chef de l’Etat a reconnu la souveraineté du royaume sur le Sahara occidental, au grand dam d’Alger.
Source : franceinfo avec AFP - France Télévisions
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COMMUNIQUE DU MRAP NATIONAL : RECONNAISSANCE DE L’ASSASSINAT DE LARBI BEN M’HIDI
A ÉCOUTER SUR FRANCE CULTURE : Le Cours de l’histoire - série en 4 épisodes
Quand la France conquiert l’Algérie en 1830, c’est la sidération, mais très vite la résistance s’organise avec Abdelkader ou encore en Kabylie. C’est aussi le long chemin pour s’émanciper jusqu’à la Toussaint Rouge, le 1er novembre 1954, au commencement de la guerre d’indépendance algérienne.
Épisode 1/4 : Sidération et résistance, l’Algérie face à la conquête française
14 juin 1830. Les troupes françaises de Charles X débarquent à Sidi-Ferruch puis s’emparent d’Alger. Face au choc de la conquête française, une première forme de résistance algérienne s’organise autour de l’émir Abdelkader et ses milliers de cavaliers qui luttent pour conserver leurs terres.
Avec Alain Ruscio Historien, spécialiste de l’histoire de la colonisation française
À Alger, le 30 avril 1827, le consul de France, Paul Duval, est souffleté à coup d’éventail par le dey d’Alger (les puristes précisent qu’il s’agit plutôt d’un chasse-mouche en plumes de paon). C’est la grande affaire de l’éventail (qui n’en est donc pas un), un affront diplomatique et patriotique, qui serait à l’origine de la conquête de l’Algérie par la France en 1830. Il est là une justification simpliste et fausse, évidemment… à balayer d’un coup de chasse-mouche !
La prise d’Alger en 1830
Au début du 19ᵉ siècle, le territoire de l’actuelle Algérie – nom dérivé du mot El Djezaïr – est une province ottomane depuis près de trois siècles. S’il n’existe pas encore de "nation algérienne", la Régence d’Alger se structure autour d’une organisation politique propre. Le territoire est dirigé par un dey à Alger, ainsi que par trois beys à Oran, Titteri et Constantine.
Épisode 2/4 : La Kabylie en colère, résister dans l’Algérie coloniale
Dès les débuts de la colonisation de l’Algérie, les populations rurales opposent des formes de résistance diverses. En 1871, elles mènent une insurrection à l’ampleur inédite. Entre révoltes armées et banditisme, il s’agit, au long du 19e siècle, de résister à l’expropriation des terres.
Avec
- Ali Guenoun Historien, spécialiste de l’Algérie contemporaine
- Antonin Plarier Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Jean Moulin - Lyon 3
- Tassadit Yacine Anthropologue et directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales
En avril 1871, le Moniteur de l’Algérie annonce que "quelques bandes de Kabyles, animées d’intentions hostiles, se sont montrées entre le Sebaou et le Col des Beni-Aïcha, notamment dans la plaine des Issers. Le voisinage de ces bandes de dévastateurs a jeté l’inquiétude parmi les colons du Boudouaou. Un grand nombre de ces colons, craignant de voir leur sécurité personnelle compromise, se sont réfugiés dans les centres voisins. Quelques-uns même se sont rendus à Alger, où leurs récits ont contribué à jeter l’alarme dans les esprits." Expropriation, dépossession, déportation et insurrection : la Kabylie en colère, résister dans l’Algérie coloniale.
De l’expropriation des terres à la révolte "d’El Mokrani"
Dès le début de l’Algérie coloniale, dans les années 1830, les expropriations bouleversent les équilibres économiques et sociaux traditionnels et appauvrissent les populations rurales. La famine qui survient à la fin des années 1860 aggrave cette situation. "On assiste à la construction d’une sorte de millefeuille législatif qui permet de légaliser, parfois a postériori, les formes de transfert foncier. Tout au long du 19e siècle, on [assiste à] l’adoption de mesures qui vont des ordonnances royales à des sénatus-consulte impériaux, à des lois républicaines, en passant par des arrêtés et des décrets qui s’empilent progressivement", précise l’historien Antonin Plarier. "Ce sont autant d’outils qui permettent de favoriser ce transfert foncier extrêmement massif. De 1830 à 1917, 11,5 millions d’hectares changent de main, des propriétaires algériens aux propriétaires européens. Pour donner une idée de comparaison, c’est mille fois la ville de Paris ou trois fois la Belgique."
Épisode 3/4 : "L’Algérie est ma patrie" : les voies du nationalisme dans l’Algérie coloniale
De l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj au Manifeste du peuple algérien de Ferhat Abbas, les voies du nationalisme algérien sont multiples dans l’Algérie coloniale. Ces courants sont le produit de plusieurs décennies de maturation politique avant même le début de la guerre d’indépendance.
Avec
- Charlotte Courreye Historienne, maîtresse de conférences à l’Université Jean Moulin Lyon 3, spécialiste de l’Algérie contemporaine
- Nedjib Sidi Moussa Docteur en science politique, spécialiste de l’Algérie contemporaine
“Voie”, avec un e, comme le chemin, entre politique de rattachement, d’assimilation et indépendance ! “Voix”, avec un x, quand Messali Hadj, Ibn Ben Badis ou encore Ferhat Abbas prennent la parole… Algérie, un nationalisme à plusieurs voix !
Un nationalisme algérien à plusieurs voix
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des revendications politiques émergent dans l’Algérie coloniale. Le courant des Jeunes Algériens, incarné par Ferhat Abbas, prône l’égalité des droits politiques face à l’impossibilité de s’intégrer dans la citoyenneté française. Bien qu’ils réfutent la France coloniale, les Jeunes Algériens sont en faveur de l’assimilation. Face à un système colonial qui empêche les appareils locaux de fonctionner, les voix de l’indépendantisme naissent en exil.
Épisode 4/4 : Toussaint Rouge, au commencement de la guerre d’indépendance algérienne
Dans la nuit du 31 octobre au 1ᵉʳ novembre 1954, des nationalistes algériens lancent une série d’attentats en Algérie. Cet événement, connu sous le nom de "Toussaint Rouge", marque la première apparition du Front de libération nationale (FLN) et plonge le pays dans la guerre d’indépendance.
Avec Sylvie Thénault Historienne, directrice au CNRS, spécialiste de la colonisation en Algérie et de la guerre d’indépendance algérienne
Toussaint Rouge, au commencement de la guerre d’indépendance algérienne. Dans son édition du 2 novembre 1954, le journal Le Monde évoque "La Toussaint à Paris". Journées de la Toussaint, journées du souvenir... Dès que les portes des nécropoles furent ouvertes on vit d’interminables cortèges de visiteurs s’avancer, les bras chargés de fleurs, le long des allées bien ratissées, entre les cyprès, les ifs et les tombes, cependant que, poussées par le premier vent de novembre, tourbillonnaient les feuilles mortes. Dans le journal Le Monde, d’autres victimes sont évoquées...
Définir la "guerre" d’Algérie
En France, l’expression "guerre d’Algérie" n’est officiellement reconnue que depuis la loi du 16 octobre 1999. À l’inverse, en Algérie, les organisateurs du soulèvement parlent dès 1954 de "guerre de libération nationale", source de légitimité pour l’État algérien. Entre 1954 et 1962, le terme de "guerre" est banni et remplacé par "opérations de maintien de l’ordre". Après 1962, ce tabou persiste, reflet d’une volonté d’amnésie.
La Toussaint Rouge, début du conflit ?
Au lendemain des attentats du 1ᵉʳ novembre 1954, les populations algériennes et françaises comptent leurs morts. Au total, ce sont près de soixante-dix attentats dispersés sur une trentaine de points du territoire algérien, qui visent à saboter des installations névralgiques et à attaquer des casernes pour y récupérer des armes. Ces attentats, qui doivent épargner les civils, font huit morts, dont un instituteur français, Guy Monnerot.
La réaction est immédiate : le gouvernement de Pierre Mendès France organise une répression contre-terroriste dite de "remise en ordre intérieure". La Toussaint Rouge est perçue comme le point de départ d’un conflit armé majeur. Elle constitue un tournant décisif puisqu’elle catalyse la lutte pour l’indépendance algérienne, et qu’elle met en lumière les violences du colonialisme, les aspirations à l’autodétermination et les questions complexes d’identité nationale.
Voir en ligne : Podcast France Culture - Algérie en résistance, une histoire coloniale
MRAP de Valence - Drôme