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Un Podcast de France Culture - Questions du soir

Les années 1930 nous aveuglent-elles ?

mardi 17 février 2026

Dans l’actualité, depuis plusieurs années, la référence aux années 1930 est omniprésente. Sur la violence politique, sur la tentation autoritaire, sur la montée des extrêmes droites, sur la question des impérialismes ou la fragmentation politique.

Avec

  • Johann Chapoutot, historien français
  • Nicolas Offenstadt, historien, professeur des Universités à Paris 1, spécialiste de la Première Guerre mondiale et d’historiographie

Johann Chapoutot estime que “les références aux années 30, au fascisme, au nazisme” sont d’abord aujourd’hui le fait “d’acteurs sociaux” ou de “la presse”, qui a fait “du refrain du retour, un marronnier”.

L’historien “plaide pour écarter ce terme de retour qui nous ferait penser à une fatalité” et préfère le “concept de la récidive, qui montre la responsabilité de certains acteurs sociaux qui ont des calculs, des intentions, une pragmatique et une idéologie” et sont prêts à s’allier, comme dans les années 1930, à l’extrême droite.

Pour lui, “la référence aux années 30, lorsqu’elle est bien pensée, non pas sous le jour du marronnier classique pour noircir des unes, mais de manière conceptuelle, avec un travail d’archives et d’historiographies, bien loin de nous aveugler, aiguise notre regard, parce qu’elle nous permet de repérer des acteurs sociaux, leurs tactiques et leurs stratégies”. Par ailleurs, “elle permet de penser des analogies, puisque nous avons des équivalents fonctionnels entre 1932 et aujourd’hui, très clairement”.

Des contextes toujours différents

Selon Nicolas Offenstadt, le danger est de penser “que les contextes peuvent se répéter” alors qu’ils ne sont jamais les mêmes. D’après l’historien, il faut donc réfléchir autrement, “laisser tomber le contexte” et plutôt se diriger vers l’idée du “concept”. À cet effet, dans la question des années 30, ce qu’il juge intéressant, c’est celle “du basculement”, à savoir “comment un régime qui peut paraître relativement stable, tout d’un coup, va disparaître”.

“Cette notion de basculement, dit-il, est très intéressante parce qu’une situation historique peut toujours aller beaucoup plus vite, qu’elle n’y paraît” et permet ensuite d’en “tirer des analogies”. Revenant au thème de la comparaison, il estime qu’il faut "cesser les comparaisons directes” car “les forces politiques ne sont pas les mêmes, le contexte général n’est pas le même et les enjeux économiques ne sont pas les mêmes”.


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