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Série « Antifascisme, une histoire » - Podcast France Culture
"Tutti antifascisti", naissance de l’antifascisme
mardi 10 mars 2026
À partir des années 1920, l’antifascisme prend son essor dans l’Italie mussolinienne. Des communistes aux catholiques, l’opposition au régime est plurielle et dispersée. Journaux, tracts et grèves se multiplient pour dénoncer la dictature fasciste et ramener l’Italie vers la démocratie.
Avec Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Paris 8
Pour que naisse l’antifascisme, il faut saisir les spécificités du fascisme, dans le pays où il est né, en Italie, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec la figure de Benito Mussolini.
L’opposition au fascisme
Le terme "fascisme" provient des Faisceaux italiens de combat, mouvement créé par Benito Mussolini le 23 mars 1919 à Milan. En octobre 1922, près de 20 000 Chemises noires marchent sur Rome. Benito Mussolini est nommé chef du gouvernement par le roi Victor-Emmanuel III. En quelques années, l’autoritarisme du régime s’accroît et parvient à faire taire toute forme d’opposition.
Alors que le régime fasciste cadenasse progressivement les institutions et les libertés fondamentales entre 1922 et 1926, les opposants au fascisme "continuent à se battre avec l’énergie du désespoir", raconte l’historienne Marie-Anne Matard-Bonucci, autrice de Totalitarisme fasciste (CNRS Éditions, 2018). Le député socialiste "Giacomo Matteotti, à la Chambre des députés, dénonce la violence fasciste, mais aussi la corruption qu’il décèle dans le mode de gouvernement fasciste. C’est cette dénonciation qui va susciter la décision de Mussolini de le faire enlever. Il sera mis à mort."
Après l’assassinat de Giacomo Matteotti en 1924, Benito Mussolini affiche publiquement le vrai visage du régime : une dictature ultranationaliste qui s’appuie sur la violence et la censure pour asseoir son pouvoir. "Le fascisme n’est pas qu’une simple dictature ou qu’un penchant autoritaire. Le projet de transformation en profondeur de la société en fait un mouvement totalitaire. Certains antifascistes le comprennent très tôt. Le mot totalitaire naît à propos du fascisme italien et est inventé par des opposants", observe Marie-Anne Matard-Bonucci.
L’antifascisme dans la clandestinité ou en exil
C’est contre l’essor de ce système politique que l’antifascisme apparaît en Italie. Il se construit principalement selon deux tendances : des groupes clandestins à l’intérieur de la péninsule – incarnés principalement par les communistes – et un antifascisme en exil en France, principalement, en Belgique et aux États-Unis : des socialistes, des communistes, des catholiques et des démocrates-libéraux. "Paris devient la capitale de l’antifascisme et de ceux qu’on appelle il fuorusciti. Le mot veut dire ’ceux qui sont sortis [du pays]. C’est un mot qui a été employé par les fascistes, parce qu’ils ne veulent pas utiliser le vocable esuli, exilé, qui renvoie à [la] tradition noble d’exil du Risorgimento, dont se réclament aussi bien les fascistes que les antifascistes", explique Marie-Anne Matard-Bonucci.
Les intellectuels italiens jouent également un rôle central. Le 1ᵉʳ mai 1925, le philosophe et historien Benedetto Croce rédige le Manifeste des intellectuels antifascistes, en réaction au Manifeste des intellectuels fascistes de Giovanni Gentile.
Journaux et tracts
Les antifascistes italiens ont des idées différentes quant à l’avenir politique de l’Italie. Les communistes et socialistes italiens appellent à la révolution, tandis que les catholiques souhaitent surtout rétablir la démocratie libérale. Dans les années 1920, des journaux clandestins se multiplient en Italie et en France, afin de décrire la vraie nature du régime et dénoncer les violences commises par le pouvoir. La circulation des idées passe aussi par la diffusion de tracts. En 1930, un militant du groupe antifasciste Giustizia e Libertà (Justice et liberté) survole la ville de Milan et envoie des milliers de tracts à la population lombarde.
La violence politique n’est pas centrale dans l’action antifasciste. En dehors de quelques attentats individuels, les coups d’éclat des antifascistes sont rares face à un appareil répressif puissant. L’Organisation de la surveillance et de la répression de l’antifascisme (OVRA) et le Tribunal spécial se chargent d’arrêter puis d’emprisonner les figures d’opposition, notamment Antonio Gramsci.
Pour en savoir plus
Marie-Anne Matard-Bonucci est professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Paris 8 et directrice de RevueAlarmer (Association de lutte contre l’antisémitisme et les racismes par la mobilisation de l’enseignement et de la recherche).
Ses publications :
- Totalitarisme fasciste, CNRS Éditions, 2018.
- L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, Presses universitaires de France, 2012.
- L’Italie des années de plomb : Le terrorisme, entre histoire et mémoire, co-dirigé avec Marc Lazar, Autrement, 2010.
- L’Homme nouveau dans l’Europe fasciste (1922-1945), entre dictature et totalitarisme, Fayard, 2004.
Ouvrage cité dans l’émission : Itinéraires d’un antifasciste de Diego Dilettoso, éditions Rue d’Ulm, 2026.
Voir en ligne : Provenant du podcast "Le Cours de l’histoire" sur France Culture
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